L’UPA et les femmes - UPA se conjuguera-t-il encore au féminin ?
lundi, 12 juillet 2010 15:03
par Doris Langevin

L’Union des producteurs agricoles (UPA) est à la croisée des chemins. À la suite du dépôt d’un document intitulé l’UPA du futur, on est actuellement à étudier certaines recommandations pour améliorer le bon fonctionnement de la structure. Parmi celles-ci deux concernent directement les femmes agricultrices et soulève des questionnements quant à l’avenir de la gent féminine au sein de l’organisation

Avant de parvenir à ces recommandations, l’UPA a tout d’abord dressé un bilan de son fonctionnement actuel et de l’efficacité de ses structures. Puis, elle a décidé de réviser ses modèles d’organisation afin d’atteindre cinq objectifs : adapter les modèles aux réalités nouvelles et au contexte futur, assurer la cohérence de ses interventions et de ses actions, maintenir une grande participation des membres à la vie démocratique de l’Union, assurer la souplesse de ses mécanismes décisionnels, ainsi que maintenir un véritable forum d’échange favorable au développement du consensus.

L’UPA recommande ainsi que chaque syndicat local ainsi que chaque fédération régionale pourrait convenir d’ajouter à son conseil d’administration un administrateur anglophone et/ou une administratrice agricultrice. Le « pourrait » ne manque pas d’inquiéter les femmes concernées. C’est le cas de la présidente de la Fédération des agricultrices du Québec, Raymonde Plamondon.

« Ça fait 20 ans que nous sommes affiliées à l’UPA, que nous y avons droit de parole et nous tenons à conserver notre statut. Mais les recommandations qui sont à l’étude ne prévoient pas de siège attitré au sein de l’organisation, comme nous en avons actuellement ». Certains répondent à cela que les femmes intéressées n’ont qu’à siéger au sein des conseils d’administration de leur production. « Le problème est que les femmes qui ne sont pas propriétaires n’ont aucune chance d’y arriver, car sans titre de propriété, c’est impossible », réplique Mme Plamondon.

Heureusement, on en est encore qu’aux étapes de consultation et les personnes intéressées à leLongue bataille Si les femmes tiennent tant à conserver leurs acquis, c’est parce qu’elles les ont obtenus au terme de nombreux efforts. Au début des années 1980, les femmes ont commencé à se regrouper et leurs efforts ont donné des résultats avec la naissance de la Fédération des agricultrices du Québec en 1987.

Longue bataille
Si les femmes tiennent tant à conserver leurs acquis, c’est parce qu’elles les ont obtenus au terme de nombreux efforts. Au début des années 1980, les femmes ont commencé à se regrouper et leurs efforts ont donné des résultats avec la naissance de la Fédération des agricultrices du Québec en 1987.

Il existait bien des regroupements de cercles locaux dans les municipalités à la suite d’actions entreprises par l’Évêché et le gouvernement, afin de contrer l’exode rural. Une dissension entre les deux entités a finalement donné lieu à la création des Cercles de Fermières, ainsi qu’à l’AFEAS. L’AFEAS accueillait les femmes provenant de toutes les sphères d’activités et puisque la condition des agricultrices différait beaucoup des autres travailleuses, les agricultrices se sont tournées vers L’UPA.

Avec l’apparition de la Fédération des agricultrices du Québec, bien des femmes ont pu recevoir une subvention pour devenir propriétaires. Le gouvernement reconnaissait enfin leurs acquis, sans qu’elles aient à obtenir un diplôme dans une école d’agriculture. Elles n’étaient désormais plus uniquement des collaboratrices non rémunérées et avaient désormais un poids au sein de regroupements agricoles. Ce fut le cas de Raymonde Plamondon qui est devenue membre de la Fédération en 1998 et a gravi les échelons pour devenir présidente en octobre 2009.

De secrétaire à présidente
En 1976, quand une amie lui a demandé de remplacer la secrétaire du syndicat de base de l’UPA de sa localité, Annette Coutu a refusé net. En 2009, elle laissait la présidence de l’UPA de Lanaudière après 15 ans à la tête du mouvement. « J’ai essayé et j’ai eu la piqûre », explique-t-elle simplement.

Elle occupa ce poste jusqu’en 1986, moment où elle en a eu assez d’entendre les hommes débattre d’enjeux importants sans pouvoir donner son avis. « J’avais du vécu et j’avais le goût de donner mon idée en tant que productrice, pas juste de prendre des notes ».

Ce n’est pourtant qu’en 1988 qu’elle est devenue administratrice, puis présidente du syndicat de base en 1990 et membre de l’exécutif de la Fédération en 1991. En 1993, elle accédait à la présidence par intérim et n’a jamais eu d’opposition jusqu’à sa retraite. Ce qui est un bien grand mot, puisqu’elle a conservé de nombreux autres postes.

Témoin de l’évolution des moeurs au sein de l’UPA, Mme Coutu avoue ne jamais avoir senti qu’il y avait une différence entre les femmes et les hommes au sein de l’organisme. Mais elle admet tout de même qu’en 1976, elle n’aurait pas pu occuper un poste plus important que celui de secrétaire. « En 1996, un homme m’a aussi dit que j’étais chanceuse de ne pas avoir eu un opposant masculin, car à compétence égale, je n’aurais jamais passé contre un homme. C’est le seul commentaire désobligeant dont je me souvienne ».

Annette Coutu veut donner le goût aux femmes de participer aux activités de leur syndicat. « Elles ne sont pas nombreuses, mais je leur répète qu’elles doivent faire leur place. Et je pense que lL’UPA est prête à leur donner cette place. Mais je comprends également que les femmes ne peuvent pas être partout à la fois ».

Direction versus employés
Seulement trois femmes siègent au Conseil général de l’UPA, contre 38 hommes. Au sein du Conseil exécutif, ils sont six hommes et une femme. Et celle-ci, Guylaine Gosselin, occupe le plus haut poste, celui de directrice générale.

«Ma condition de permanente est différente de celle des femmes qui ont été élue. Mais j’ai toujours travaillé avec les agriculteurs depuis que j’ai 21 ans et j’ai toujours senti une grande ouverture de la part de ceux-ci. »


Au départ gestionnaire d’un syndicat d’entreprise, elle est devenue la première directrice générale de la Fédération des producteurs de lait. « Et si jamais j’ai senti qu’on me marginalisait, ce n’était pas de la part des agriculteurs, mais bien des intervenants ! »


Si les femmes occupent peu de postes de direction, il en est autrement des employés. En effet, entre 20 % et 25 % de ceux-ci sont des femmes. Mieux encore, les directeurs de services sont à égalité côté sexe. Et dans l’ensemble de la structure, les femmes représentent 64 % des employés.

Par contre, au sein des conseils d’administration des groupes affiliés, elles ne représentent que 15 %. « Je crois que si aussi peu de femmes sont présentes au sein des organisation, c’est surtout à cause de la permanence familiale. Les tâches sont importantes et nécessitent souvent des déplacements, parfois sur de longues distances. C’est leur choix. »
 
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