À quoi s’attendre pour 2011
mercredi, 09 juin 2010 13:15

par Gérard Samet

Des coupures lourdes prévues dès 2011. « Cela peut signifier une coupure de 5000 $, mais aussi aller jusqu’à 40 000 $ par entreprise familiale », selon Martin Caron, responsable de l’UPA Mauricie.

« Mais la moitié des agriculteurs du Québec ne seraient pas capables, sans indemnisation, de rencontrer leurs obligations financières. » estime l’UPA. Le quart des fermes actuelles qui étaient aidées depuis 40 ans par l’ASRA pourraient disparaître. Des fermes qui étaient artificiellement soutenues. « Sur 100 fermes, les 25 moins performantes devront se rajuster, réorienter leur production ou tout simplement abandonner ce champ d’activité », estime une source sérieuse qui souhaite garder l’anonymat.

« Les secteurs qui seraient les plus touchés sont ceux du porc, du veau et de l’agneau ». L’UPA reproche également à la Financière agricole de n’avoir jamais fait d’étude d’impact avant de prendre cette décision. « La Financière ne connaît pas l’impact sur nos fermes, dit-il. Les producteurs de bovins et de porcs étaient déjà déficitaires avant qu’ils n’appliquent les coupures de 160 millions $ », déplore Christian Lacasse. La Financière agricole conteste les calculs de l’UPA. Il reste que malgré l’ASRA, des fermes sont très endettées et ne permettent aux agriculteurs de ne vivre qu’avec de faibles revenus en travaillant le double d’un travailleur dans un autre secteur. Lors d’une réunion récente, un agriculteur a fustigé la direction de l’UPA en estimant qu’elle ne faisait rien de concret pour aider les agriculteurs. « Nos producteurs tombent en faillite, des couples sont brisés, certains vont jusqu’au suicide ». Alors que faire ?

La réforme est en droite ligne des propositions de MM. Pronovost et St-Pierre

Le ministre Béchard a en réalité décidé de suivre les propositions des rapports Pronovost et Saint-Pierre. Ce dernier a déclaré l’année dernière lors du dépôt de son rapport qui proposait de nouvelles formes de financement pour l’agriculture québécoise : « Si rien n’est fait, la Financière agricole s’enfoncera dans un trou de deux milliards de dollars ». Le rapport Pronovost de 2008 écrivait de son côté : « En attendant l’évolution de l’ASRA vers un programme mieux adapté aux objectifs d’une agriculture durable, il est urgent de réaligner l’assurance stabilisation des revenus agricoles sur son objectif de départ, c’est-à-dire offrir aux producteurs une juste stabilisation de leur revenu ». Les correctifs visent à éviter la « surcompensation » observée dans certaines productions, ce qui profite particulièrement aux plus grosses entreprises de ces filières. Sauf que l’on a oublié une proposition commune des deux rapports : un plafonnement de l’ASRA à 150 000 $ par exploitation. Mais les économies entraînées par le resserrement des critères d’accès et de gestion de l’ASRA devraient être entièrement réorientées vers l’aide apportée aux producteurs agricoles. Ceuxlà même qui ne se sont pas adaptés au marché international parce qu’ils n’ont pas pu investir. Or ce n’est pas ce que l’on propose.

Bien entendu, les pays développés ont presque tous révisés les programmes du genre de l’ASRA. Ils privilégient nettement des mesures qui visent à stabiliser le revenu global des entreprises agricoles, sans égard au type de production. D’ailleurs lors des audiences de la Commission Saint-Pierre, des acteurs importants du milieu québécois ont estimé que le nouveau modèle d’affaires devait être orienté vers les marchés. Le soutien de l’ASRA devrait, selon eux, évoluer vers une aide indépendante du type et du volume produit pour être plutôt liée à la performance du producteur.

L’absence d’un programme d’aide à la transition

Est-il utile de rappeler à la Financière agricole que le rapport Pronovost écrivait : « L’agriculture étant une activité de moyen et de long terme nécessitant des investissements importants, il faut accorder des périodes adéquates de transition lorsqu’on apporte des modifications de fond à certaines mesures de soutien à la production. De plus, il est essentiel d’offrir aux agriculteurs qui seraient les plus affectés des moyens concrets de s’adapter à la nouvelle réalité. La Commission juge de la plus haute importance l’instauration d’un programme d’aide à la transition ». Cela semble bel et bien tombé dans l’oubli !

 
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